L’Ombre des jours (1902), excerpt

(poem typed in and translated literally by Catherine Perry)

 

Les Plaintes d’Ariane

Le vent qui fait tomber les prunes,
Les coings verts,
Qui fait vaciller la lune,
Le vent qui mène la mer,

Le vent qui rompt et qui saccage,
Le vent froid,
Qu’il vienne et qu’il fasse rage
Sur mon coeur en désarroi!

Qu’il vienne comme dans les feuilles
Le vent clair
Sur mon coeur, et qu’il le cueille
Mon coeur et son suc amer.

Ah! qu’elle vienne la tempête
Bond par bond,
Qu’elle prenne dans ma tête
Ma douleur qui tourne en rond.

Ah! qu’elle vienne, et qu’elle emporte
Se sauvant,
Mon coeur lourd comme une porte
Qui s’ouvre et bat dans le vent.

Qu’elle l’emporte et qu’elle en jette
Les morceaux
Vers la lune, à l’arbre, aux bêtes,
Dans l’air, dans l’ombre, dans l’eau,

Pour que plus rien ne me revienne
A jamais,
De mon âme et de la sienne
Que j’aimais…

Ariadne’s Lament

The wind that knocks down plums
    And green pears,
The wind that shakes the moon,
The wind that drives the sea,

The wind that breaks and lays waste,
The cold wind,
May it come and rage upon
My confused heart!

May it come as among leaves,
The clear wind,
Upon my heart, and may it pluck
My heart with its bitter sap.

Ah! may the tempest come
Leap by leap,
May it take from my head
The pain that goes round and round.

Ah! may it come and lift,
Taking off,
My heart heavy as a door
That opens and beats in the wind.

Let it take my heart and hurl
Its fragments
To the moon, the trees, the beasts,
In the air, the dark, the waters,

So that nothing returns to me
Ever again,
Of his soul and mine,
Which I loved…