« Anna de Noailles : entre prose et poésie »

Thèse doctorale de Marie-Lise Allard, sous la direction de Bruno Curatolo, soutenue à l’Université de Franche-Comté en novembre 2010

Résumé

Cette thèse se veut une analyse des fictions en prose d’Anna de Noailles, mises en perspective avec ses textes poétiques et autobiographiques. Après avoir replacé cette œuvre dans le contexte littéraire et social du début du XXe siècle, et évoqué, en particulier, l’émergence de la littérature féminine, ainsi que le cas du roman poétique, le propos s’attache à une étude détaillée des romans noailliens, La Nouvelle Espérance, Le Visage émerveillé, La Domination, et du recueil de récits Les Innocentes ou la Sagesse des femmes. Intercalés parmi d’autres aspects de sa création, les trois romans d’Anna de Noailles ont été publiés de manière rapprochée, entre 1903 et 1905, au début de la carrière de l’écrivain ; ils ne constituent qu’une petite partie de sa production (trois pour plus de vingt livres parus) mais ils forment une véritable trilogie sentimentale dont Les Innocentes est le point d’orgue, un art d’aimer, dédié aux amants.

Dès lors une série de questions sous-tend ce travail : pourquoi écrire à la fois en vers et en prose ? Ces titres n’auraient-ils procédé que d’une étape ? N’auraient-ils constitué qu’un passage ayant permis à l’auteur de prendre conscience de son incapacité à s’accomplir dans ce genre ? Toutefois, au-delà de l’expérience personnelle, il faut prendre en compte une problématique plus vaste : en effet, si les romans d’Anna de Noailles méritent aujourd’hui un regard neuf, c’est parce qu’ils s’inscrivent dans une époque troublée, où l’avenir du genre romanesque fut remis en cause et où, entre la fin du naturalisme et l’émergence de nouvelles formes narratives, l’abondance du roman représenta une menace pour lui-même. L’œuvre d’Anna de Noailles ne fait pas exception : elle aussi s’est trouvée prise dans ce mouvement à la fois destructeur et novateur.

Cependant ses écrits se caractérisent aussi par leur l’originalité, laquelle réside dans la mise en forme progressive d’une esthétique et d’une philosophie de l’amour. Construits sur une trame pourtant simple, toute leur richesse se déploie dans la minutie et la justesse des analyses, la puissance suggestive des émotions et des sensations retranscrites par des images inédites. La romancière observe ainsi la révolution culturelle qui s’amorce au sein de la condition féminine, ce qui modifie l’opinion communément admise selon laquelle elle n’aurait été qu’une néo-romantique égarée en son siècle. Au contraire, Anna de Noailles s’affirme comme un écrivain clairvoyant et ancré dans son époque.

Mots clés

– prose
– poésie
– roman
– amour
– nature
– mort